Féron, un petit village du Sud de l’Avesnois, a connu la présence d’un des personnages les plus célèbres de l’histoire de France : Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, l’insaisissable diplomate de Napoléon ! Deux siècles plus tard, sur les vestiges de son domaine, une tout autre histoire s’écrit : celle de l’inclusion et du travail solidaire.
Un banquier belge, un prince déchu et un domaine providentiel
En 1801, alors que la Révolution vient de bouleverser la France et que Napoléon Bonaparte consolide son pouvoir, un homme rachète un domaine forestier aux confins du département du Nord : Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Prince de Bénévent, ancien évêque défroqué devenu ministre des Relations extérieures, Talleyrand est déjà, à cette époque, l’un des diplomates les plus influents (et les plus contestés) d’Europe.
Il acquiert ce domaine de Pont-de-Sains, à Féron, auprès de Simons, un banquier belge et ami. Un château du XVIIIe siècle s’y dresse déjà, mais Talleyrand ne s’arrête pas là : il engage d’importants travaux en 1808, puis à nouveau en 1826, faisant de cette demeure un lieu à son image, raffiné, discret, à l’écart des tumultes parisiens. Au-dessus de l’entrée, trois arcs de pierre bleue portent encore aujourd’hui, dans les mémoires locales, le souvenir de ses armoiries princières.
Une retraite loin des intrigues de la cour
Pourquoi un homme aussi central dans les affaires de l’Europe choisit-il ce coin reculé de l’Avesnois ? Les archives locales en gardent quelques traces : en 1826, le colonel Butschert et les officiers supérieurs du 10e régiment de ligne, accompagnés du commandant de la place d’Avesnes, sont reçus à dîner chez « M. le Prince de Talleyrand au Pont-de-Sains ». Le prince, rapportent les chroniques de l’époque, « fait les honneurs de sa maison » avec l’aménité qui lui est propre.
Loin des salons parisiens et des tractations diplomatiques, Talleyrand trouve ici un refuge à sa mesure : un vaste domaine boisé, une propriété tranquille, et la compagnie choisie de la petite noblesse et de la garnison locale.
D’un héritage aristocratique à une vocation solidaire
À la mort de Talleyrand en 1838, le domaine passe à sa nièce, la duchesse de Dino, puis à sa fille, devenue par mariage marquise de Castellane. Le château d’origine est démoli vers 1905 — ne laissant subsister que la ferme et ses dépendances. En 1925, c’est un brasseur de Denain, Gaston Dubois-Waast, qui rachète la propriété. Elle passera encore de mains en mains jusqu’en 1941, où Marcelle de Peretti en devient la dernière propriétaire privée.
C’est en 1975 qu’un tournant décisif s’opère : elle cède le domaine à une association trélonaise, la Maison des Enfants, qui y crée un centre d’aide par le travail pour des adultes en situation de handicap. Deux siècles après le prince diplomate, c’est une toute autre forme d’excellence qui s’installe sur ces terres : celle du travail, de l’accompagnement et de l’inclusion.
Aujourd’hui, la Ferme du Pont de Sains fait vivre l’Avesnois autrement
Ce domaine autrefois choisi par l’un des esprits les plus brillants de son siècle abrite aujourd’hui l’ESAT de la Ferme du Pont de Sains, géré par l’association Traits d’Union. Fromagerie bio de Maroilles AOP, ateliers horticoles, centre équestre, cuisine centrale : plusieurs dizaines de travailleurs en situation de handicap y exercent chaque jour un métier, dans des conditions adaptées à leurs besoins.
Un symbole finalement assez juste : là où un diplomate cultivait autrefois son influence loin des regards, des femmes et des hommes construisent aujourd’hui, avec la même discrétion et la même exigence, un savoir-faire dont la région peut être fière.
Retour sur ma visite de la Ferme du pont des sains, sur les traces de Talleyrand
J’ai eu le plaisir de visiter l’association Traits d’Union, sur ce même site de la Ferme du Pont de Sains à Féron, qui accompagne chaque jour des enfants, des adultes et des personnes en situation de handicap à travers de nombreux établissements et services.
Au fil des échanges, j’ai découvert des équipes passionnées, des travailleurs investis et des projets remarquables favorisant l’inclusion, l’autonomie et l’insertion professionnelle. J’ai notamment découvert les activités de l’ESAT, de la fromagerie bio de Maroilles AOP, des ateliers horticoles, de la cuisine centrale ainsi que du centre équestre. Autant d’activités qui démontrent que le handicap n’empêche ni le savoir-faire, ni l’excellence, lorsque les moyens et l’accompagnement sont au rendez-vous.
Difficile de ne pas être marquée par ce lieu chargé d’histoire, où l’ombre d’un prince du XIXe siècle croise aujourd’hui le travail quotidien d’hommes et de femmes qui font, à leur façon, l’honneur de notre territoire !
Je remercie chaleureusement Monsieur le Président, la direction de l’association Traits d’Union, les salariés, les bénévoles ainsi que l’ensemble des travailleurs pour leur accueil et la qualité de nos échanges. Vous pouvez suivre ces différentes visites sur mes réseaux sociaux.
