A quelques kilomètres de Bavay, s’étend la forêt de Mormal, sur près de 9000 hectares. Il s’agit de la plus grande forêt du département du Nord. Son histoire est intimement liée à nos communes de la 3e circonscription du Nord, et son avenir est aujourd’hui menacé par certains facteurs tels que les dépôts sauvages.
Une forêt plus vieille que la France elle-même
Bien avant de s’appeler Mormal, la forêt portait un autre nom, presque effrayant : la forêt charbonnière.
Les textes latins la mentionnent d’ailleurs déjà sous ce nom à l’époque gallo-romaine, et l’on raconte que les habitants y fabriquaient tout simplement du charbon de bois. Elle couvrait alors une bonne partie du pays des Nerviens, ce même peuple qui avait fait de Bagacum, l’actuelle Bavay, sa capitale.
Le lien entre les deux n’a rien d’un hasard, car la forêt était limitée par les routes reliant Bavay à Vermand et Bavay à Reims (les mêmes voies romaines qui faisaient de Bagacum un carrefour commercial majeur). Autrement dit, pendant des siècles, quiconque quittait Bavay vers le sud ou l’est devait longer, voire traverser, cette immense barrière végétale.
Le domaine des rois et des comtes
Les rois francs intégrèrent ensuite la forêt à leur domaine personnel. Elle fut longtemps réservée aux chasses du souverain et surveillé par des gardes spéciaux avec une administration forestière déjà organisée, bien avant l’heure. Après le défrichement mené par des moines dès le VIIe siècle, la forêt prend à peu près la forme qu’on lui connaît encore aujourd’hui.
Sous la féodalité, elle passe entre les mains des comtes de Hainaut. C’est de cette époque que fut construite Locquignol, aujourd’hui la commune la plus vaste du département du Nord. Un temps limitée aux seuls déplacements des officiers du domaine, la forêt reste longtemps interdite aux habitants ordinaires. Ce n’est qu’en 1839 que les premiers chemins publics y sont réellement créés, contre l’avis de l’armée française, qui préférait la garder impénétrable en cas d’invasion venue du nord.
Une forêt deux fois dévastée, deux fois reconstruite
Entre 1914 et 1919, les deux tiers de la forêt sont détruits par la Première Guerre mondiale. Dans les années 1920, elle est patiemment reconstituée grâce aux dommages de guerre, essentiellement par la plantation de chênes. Elle sera de nouveau largement abîmée durant la Seconde Guerre mondiale. C’est cette histoire tourmentée qui explique que l’on ne trouve presque aucun arbre réellement ancien.
Aujourd’hui encore, ce passé mouvementé nourrit les légendes locales.
Une frontière naturelle, un voisinage qui compte encore
Bien que Mormal appartienne aujourd’hui à l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe, plusieurs communes de notre circonscription en restent voisines directes, notamment Bavay et Gommegnies, installées à sa lisière. Aujourd’hui encore, ce massif forestier fait partie du quotidien de nombreux habitants du Bavaisis, qu’ils y marchent, s’y promènent à vélo ou simplement en profitent comme poumon vert du territoire.
La forêt de Mormal : un patrimoine qui a désormais besoin d’être protégé
C’est précisément parce que cette forêt reste un bien commun, au-delà des limites administratives, que j’ai interpellé le Gouvernement début 2026, à travers une question écrite, sur la multiplication préoccupante des dépôts d’ordures sauvages qui la dégradent : des gravats, des meubles, des plastiques et des déchets ménagers menacent l’équilibre de la forêt. Certains secteurs ont des conséquences directes sur la biodiversité, les sols et les risques d’incendie.
J’ai demandé au gouvernement de renforcer la prévention et la surveillance dans les massifs forestiers sensibles, en soutien aux collectivités et à l’Office national des forêts, ainsi que de durcir les moyens permettant d’identifier et de sanctionner les auteurs de ces dépôts. Un patrimoine aussi ancien que celui-ci mérite mieux que d’être transformé en décharge !
